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Discours d’ouverture prononcé par le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul à l’occasion du Dialogue de Berlin sur la paix (« Berlin Peace Dialogue »)

08.10.2026 - Discours

Chère Madame Leininger, cher Monsieur von Borries,

Mesdames et Messieurs les membres du Bundestag allemand,

Excellences,

Chers invités,

Lorsqu’un pays retrouve la paix après une guerre, ce n’est pas simplement parce que les armes se sont tues.

Bien entendu, cela marque la fin de la destruction physique, mais pas nécessairement la fin des conflits internes.

L’atteinte d’une paix juste et durable nécessite plus qu’une simple cessation des hostilités.

Prenons l’exemple de la Syrie.

En décembre 2024, le régime d’Assad a enfin pris fin, après une guerre brutale longue de 14 ans contre le peuple syrien.

Ce fut un moment historique.

Nous l’avons suivi de très près en Allemagne.

Parce que nous avons un intérêt profond dans le sort de la Syrie.

Notamment parce que plus d’un million de personnes venues de Syrie ont trouvé refuge en Allemagne et que pour bon nombre d’entre elles, l’Allemagne est devenue leur nouvelle terre d’accueil.

Mais aussi parce qu’en tant qu’Européens, nous avons un intérêt stratégique dans la stabilité à long terme et la reconstruction de l’État syrien.

Construire un État qui garantit la sécurité, la liberté et une vie dans la dignité représente une tâche immense.

En tant que juriste de formation, j’en suis convaincu : il ne peut y avoir de paix sans justice et il ne peut y avoir de justice sans responsabilité.

Quand on parle d’affronter les violations massives des droits humains commises dans le passé afin qu’un pays puisse sortir d’un conflit, l’on parle de « justice transitionnelle ».

Mais que cela signifie-t-il en pratique ?

Cela signifie quelque chose de très concret : il faut obtenir des preuves des atrocités commises.

Nous devons systématiquement catégoriser ces preuves et nous devons les préserver à long terme.

Ce n’est en effet qu’en prenant ces mesures rigoureuses que l’on pourra créer les bases nécessaires à un travail authentique et approfondi sur le passé.

Au-delà de la collecte des preuves, la justice transitionnelle a également pour but de trouver de nouvelles manières de vivre ensemble.

Parce que parfois, il est impossible de traiter chaque atrocité dans une salle d’audience.

En plus de la justice, nous avons également besoin de mécanismes de guérison sociale. Ces deux éléments sont essentiels afin d’instaurer la paix.

C’est le cas en Syrie, où des centaines de milliers de personnes sont toujours portées disparues, où les divisions dans la société sont profondes et où la guerre a provoqué des traumatismes sévères.

Pourtant, chaque jour, des bâtisseurs de paix locaux font un travail fantastique en rassemblant les gens, en entamant des dialogues entre voisins à Homs, Alep, Lattaquié et Damas.

Des villes où les communautés, après tout ce qui s’est passé, veulent trouver de nouvelles façons de vivre à nouveau ensemble.

Dans la paix et dans le respect mutuel.

Pourquoi est-ce que je vous dis cela ?

Pas seulement parce que le ministère fédéral des Affaires étrangères soutient les actions de bâtisseurs de paix locaux en Syrie.

Mais parce que cet exemple nous enseigne une leçon fondamentale sur la consolidation de la paix : c’est généralement non pas à travers des réunions de haut niveau, mais à travers des conversations persistantes au sein d’une communauté, menées par celles et ceux qui font partie de la société locale et qui connaissent le mieux le conflit, que l’on peut atteindre une paix et une sécurité durables.

Mesdames et Messieurs,

Nous nous réunissons aujourd’hui en une période que l’on ne peut qualifier que de turbulente. Nous nous retrouvons dans un monde qui semble s’effriter. Le nombre de conflits et de crises ne cesse d’augmenter.

L’un des principaux sujets dont nous avons discuté lors des nombreux échanges bilatéraux et multilatéraux que nous avons eus à New York dans le cadre de l’Assemblée générale a été la question de comment y remédier ensemble.

Dans notre monde de plus en plus interconnecté, les conflits qui semblent à première vue être des conflits régionaux ont des retentissements mondiaux.

En effet, les activités terroristes, l’impact des routes commerciales fragmentées, le dérèglement climatique ou les campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux ne s’arrêtent pas aux frontières nationales.

Quand les attaques russes contre des ports ukrainiens empêchent l’Ukraine d’exporter des céréales, ce sont des populations en Afrique qui souffrent de faim.

Quand le terrorisme cause de l’instabilité régionale au Sahel, ce sont des habitants qui cherchent refuge ailleurs et qui essaient souvent de rejoindre l’Europe.

C’est pour cela qu’il est dans notre propre intérêt de soutenir les initiatives de stabilisation régionale !

Les membres du Conseil consultatif pour la prévention civile des crises et la promotion de la paix ici présents aujourd’hui sont les mieux placés pour le savoir.

Parce que la stabilisation régionale fait en sorte que les crises et les guerres dans notre voisinage ne s’aggravent pas davantage et ne s’étendent pas à nos pays.

Parce qu’elle permet de s’attaquer sur le terrain aux causes d’une crise, de déplacement ou de migration.

Et parce qu’elle empêche le terrorisme de s’infiltrer dans nos sociétés.

Mesdames et Messieurs,

Une chose est particulièrement importante à mes yeux.

Si l’on regarde les régions dans le voisinage immédiat de l’Allemagne et de l’Europe, l’on s’aperçoit que la menace de guerre est réelle.

Pour la première fois depuis la guerre froide, nous avons dû investir et avons investi massivement dans notre armée afin de pouvoir nous défendre contre les menaces grandissantes, la plus imminente étant celle posée par la Russie.

À juste titre.

Et nous allons bien sûr continuer à soutenir l’Ukraine, non seulement militairement et financièrement, mais aussi en ce qui concerne la défense civile.

Parce que la défense civile s’impose de toute urgence pour rétablir l’approvisionnement en eau et le réseau d’électricité après les attaques quotidiennes menées par la Russie.

Nous ne devons cependant pas oublier que notre sécurité n’est pas seulement déterminée en Europe.

En plus de nos efforts visant à assurer notre propre défense, nous devons également investir dans l’engagement civil en cas de crise, dans la médiation et dans la consolidation de la paix à l’échelle mondiale.

C’est dans notre propre intérêt.

Nous devons investir dans le dialogue plutôt que la division.

Dans la lutte pour la compréhension mutuelle et le règlement pacifique des conflits.

Dans les personnes œuvrant à la cohésion sociale.

C’est la raison pour laquelle nous appuyons des programmes de stabilisation dans la région du Sahel et en Afrique de l’Ouest afin de prévenir et de repousser l’extrémisme violent et afin de rendre les communautés locales résilientes face au recrutement de groupes terroristes tels que Boko Haram.

Et au Liban, nous soutenons le retour des institutions étatiques ainsi que le dialogue entre les communautés chrétienne, druze, chiite et sunnite.

Pour ne citer que deux autres exemples.

Mesdames et Messieurs,

Tout ordre régional nouveau, toute architecture de sécurité nouvelle commence par le dialogue.

Je pense sincèrement qu’il est possible de créer un ordre garantissant une paix durable.

L’histoire nous l’a prouvé.

Six ans seulement après les ravages causés par l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne et la France étaient prêtes à bâtir un avenir pacifique sur la base du dialogue et de la coopération.

Leur accord sur la création d’un marché commun du charbon et de l’acier constitua la première étape de ce qui allait devenir le plus grand projet de paix dans l’histoire de l’humanité : l’Union européenne.

À l’époque, seuls quelques visionnaires pensaient qu’une telle voie était possible. Ils poursuivirent sans relâche leur vision, qui se concrétisa.

Aujourd’hui il est de notre responsabilité commune de façonner l’avenir dans l’intérêt de la paix et de la sécurité.

Ce forum offre un cadre formidable pour discuter et échanger des points de vue.

C’est un lieu permettant d’explorer de nouvelles idées et de conjuguer nos forces afin de trouver des moyens de sortir de la guerre et de construire la paix.

L’Allemagne reste un partenaire engagé dans cette entreprise.

Je vous remercie.

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