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Discours du ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul au Bundestag, à l’occasion du débat sur la motion de la coalition « Défendre la paix et la sécurité en Europe : solidarité avec l’Ukraine à l’occasion de l’anniversaire de la guerre d’agression russe »

25.02.2026 - Discours

Lundi, j’ai rencontré des soldats ukrainiens qui étaient en visite à Berlin. Des commandants qui venaient directement du front. Qui se battent depuis quatre ans. Et qui retournent maintenant à nouveau au front.

Avant la guerre d’agression russe, si on leur avait demandé, disons il y a six ou sept ans, ce qu’ils voulaient faire dans la vie, je doute que l’un d’entre eux aurait déclaré que son projet de vie était de passer son temps dans les tranchées, dans la neige et le gel. De conduire une locomotive vers le front pendant que des drones kamikazes foncent dessus. Ou de mener une attaque contre des positions fortifiées.

Avant l’invasion à grande échelle de la Russie, ils étaient tous des civils. Un étudiant. Un médecin traitant. Un assistant social qui, avant la guerre, travaillait avec des toxicomanes. Un historien. L’un d’entre eux était metteur en scène de théâtre.

Ils avaient des vies et des métiers « normaux », si je puis dire, entre guillemets. Jusqu’à ce que le Kremlin leur impose une guerre qui ne leur laisse d’autre choix que de se battre.

Parce que baisser les bras n’est pas une option.

Dès le début, l’attaque russe fut une attaque criminelle. Depuis des semaines, depuis des mois, elle a cependant atteint une dimension de perfidie nouvelle. Nous voyons en effet comment le Kremlin mène une campagne de terreur en plein hiver rigoureux qui touche les plus vulnérables des vulnérables : les enfants, les personnes âgées, les malades. Des écoles, des immeubles d’habitation, des hôpitaux et même des quartiers entiers sont sans électricité, sans chauffage, sans eau. Rien qu’à Kyïv, jusqu’à 500 000 personnes sont concernées.

Parce que les troupes de Poutine détruisent délibérément les infrastructures civiles. Ces attaques sont contraires au droit international. Ce sont des crimes de guerre et elles ont lieu jour après jour.

Poutine se livre à de telles attaques pour épuiser l’Ukraine de l’intérieur. Pour briser la volonté de résistance des Ukrainiennes et des Ukrainiens. Parce qu’il veut que leur pays se soumette à sa terreur.

Mais l’Ukraine et ses habitants ne se soumettront pas. Et pour cela, chères et chers collègues, je tiens à exprimer, avec votre accord je l’espère, mon plus grand respect et ma gratitude envers le peuple ukrainien et son héroïsme inébranlable.

Le Kremlin ne laisse planer aucun doute sur son but ultime : la destruction de la culture ukrainienne. La dissolution de l’identité nationale. Voilà comme fonctionne le révisionnisme impérial.

Car au final, le Kremlin vise à créer un monde illibéral des autocraties qui met au défi l’Occident démocratique.

Qui mine notre mode de vie libre et démocratique !

L’agression de la Russie contre l’Ukraine s’inscrit dans une attaque plus large contre l’ordre international fondé sur des règles. Contre l’architecture de sécurité de l’Europe. C’est de cela qu’il s’agit dans cette guerre de conquête brutale.

Mais ce que Poutine a sous-estimé, c’est la capacité de résistance du peuple ukrainien. Le courage des soldates et soldats ukrainiens. La conscience nationale de tout un pays. Et la solidarité ainsi que la capacité d’action de l’Occident, qui se tient fermement aux côtés de l’Ukraine.

C’est pourquoi nous soutenons l’Ukraine en lui fournissant une défense aérienne supplémentaire.

C’est pourquoi nous l’aidons également à protéger son infrastructure énergétique et à réparer ses installations énergétiques. Pas seulement pour cet hiver, mais aussi afin de se préparer au prochain.

C’est pourquoi nous mettons sur pied, au sein de l’Union européenne, un paquet de 90 milliards d’euros.

C’est pourquoi nous renforcerons encore notre arsenal de sanctions qui touche lourdement Poutine et son économie de guerre.

C’est pourquoi nous soutenons l’Ukraine sur son chemin vers l’UE.

Car une chose doit être claire pour Poutine : l’Ukraine ne se détournera pas de la voie européenne de la réforme sur laquelle elle se trouve désormais. Au niveau institutionnel, le pays n’a jamais été aussi étroitement lié à l’Occident.

Et nous, Européens, avons un objectif clair en tête : nous devons parvenir à une paix durable et juste.

Ce n’est qu’à partir d’une position de force que l’Ukraine pourra atteindre cette paix. Aussi devons-nous lui en donner les capacités.

C’est la raison pour laquelle nous continuerons d’augmenter la pression sur la Russie, à travers des sanctions et une action commune contre la flotte fantôme russe.

Et c’est la raison pour laquelle des avoirs russes à hauteur de plusieurs milliards d’euros restent gelés.

Hier, dans une tribune conjointe avec mes homologues, j’ai énoncé quelle était la position unifiée de la Pologne, de la France et de l’Allemagne : nous devons tenir plus longtemps que Poutine et c’est nous qui tiendrons le plus longtemps en termes de soutien à l’Ukraine.

Après quatre années de guerre, il n’y a pas que l’Ukraine qui a changé : l’Europe aussi a changé.

Une Europe qui sent que nous nous trouvons à un tournant historique décisif.

C’est la raison pour laquelle nous nous positionnons avec nos principes, avec les valeurs de notre démocratie et aussi de notre culture politique.

Je le dis également en faisant allusion à la Hongrie.

Parce que je ne crois pas qu’il soit juste que la Hongrie trahisse la souveraineté européenne pour mener son propre combat pour la liberté.

En Europe, nous avons déjà vécu ce que cela signifie lorsque le droit du plus fort règne. Lorsque le monde est divisé en sphères du pouvoir.

C’est maintenant, précisément, qu’il est crucial que nous, Européens, soyons solidaires, que nous ne nous laissions pas diviser ni provoquer par qui que ce soit, que nous agissions avec assurance et que nous vivions la souveraineté européenne.

L’Ukraine a quatre longues années de guerre derrière elle. Quatre années de sacrifices incommensurables. Mais aussi quatre années durant lesquelles elle a fait preuve d’une force inébranlable et d’un héroïsme admirable.

Quatre années durant lesquelles le pays a défendu sa liberté et la liberté de toute l’Europe.

Notre liberté.

Nous devrions en être reconnaissants.

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