Bienvenue sur les pages du Ministère fédéral des Affaires étrangères

Discours de la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock lors de la réunion des ministres du Climat, de l’Énergie et de l’Environnement du G7

27.05.2022 - Discours

« La diplomatie climatique et le rôle des mers saines dans la lutte contre la crise climatique »

Antje Boetius vient de nous expliquer scientifiquement ce qui nous menace si nous ne protégeons pas nos mers, et notamment si nous ne protégeons pas notre climat. Il ne s’agit pas seulement, selon elle, d’un enjeu environnemental, mais c’est au contraire en train de devenir un enjeu sécuritaire dans les régions concernées. Elle a par ailleurs souligné quels devraient encore être les principaux moteurs dans ce domaine : la Chine et la Russie.

On constate la même chose dans d’autres régions du monde où l’enjeu n’est pas une surabondance mais bien une pénurie d’eau : dans la région du Sahel, en Afrique, où les sécheresses et l’aridité sévissent depuis des années déjà. Lorsque j’étais au Mali il y a quelques semaines, sur un sol asséché, des agriculteurs m’ont raconté que là où on cultivait encore du coton il y a quarante ans, il n’y avait désormais plus que poussière et cailloux. Cet exemple illustre terriblement les implications des termes techniques de 1,5 et 2 degrés. Là-bas, au Sahel, cela signifie cinq degrés de plus. Et cinq degrés de plus, cela veut dire qu’on ne peut plus rester dehors.

On constate de manière tragique que ce qui menace peut-être d’arriver en Antarctique se manifeste déjà dans cette région : crise climatique, crise alimentaire et questions de politique de sécurité se mêlent les unes aux autres et il apparaît évident que la crise climatique exacerbe désormais les conflits.

De mon point de vue, nous sommes arrivés à un carrefour. C’est à la fois un défi mais aussi une chance considérable, car avec chaque dixième de degré de réchauffement climatique que nous réduisons, nous contribuons également à ce qu’il y ait toujours des opportunités de développement. Or cela nous permet de lutter plus efficacement contre le terrorisme qui tire précisément avantage de cette lacune : les enfants d’agriculteurs ne pouvant plus aller dans leurs champs puisqu’il n’y en a plus, les terroristes les recrutent pour en faire des enfants-soldats, de même qu’ils recrutent des fils de pêcheurs qui n’ont plus rien à pêcher. Si nous parvenions ne serait-ce que partiellement à maîtriser la crise climatique, alors cela permettrait de contribuer à la politique de sécurité de telles régions.

Nous observons de manière dramatique que la Russie exploite très précisément ce lien entre sécurité alimentaire et politique de sécurité, en bloquant non seulement des livraisons de céréales d’Ukraine mais aussi de Russie, où un embargo sur les céréales a été mis en place dans le but de suggérer au monde entier, par des discours erronés, que cette situation est due aux sanctions édictées par le G7.

Il nous faut donc agir de toute urgence face à ce cocktail explosif de crises s’exacerbant mutuellement. C’est la raison pour laquelle nous sommes convenus, en tant que nouveau gouvernement fédéral allemand, que la protection du climat était non seulement une composante de la protection de l’environnement, mais qu’il fallait également l’ancrer au ministère de l’Énergie et de la Protection du Climat – comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays à travers le monde – et qu’elle constituait par ailleurs un volet de la politique étrangère. D’autres pays nous ont devancés dans ce domaine, comme les États-Unis qui ont créé un poste d’envoyé spécial pour la protection mondiale du climat, montrant ainsi bien que ces sujets vont main dans la main.

Et dans le cadre de cette présidence du G7 – merci encore une fois de nous avoir permis à nous trois, ministres du gouvernement fédéral allemand, d’avoir cette réunion ici aujourd’hui –, nous adoptons une approche interministérielle en matière de protection du climat afin de signaler que cet enjeu ne saurait être résolu par un seul ministère ou un seul pays.

La déclaration finale qui sera adoptée aujourd’hui ouvrira la voie aussi bien au Dialogue de Petersberg sur le climat qu’à la conférence sur le climat en Égypte, qui jouera d’ailleurs un rôle décisif puisqu’il s’agit de la première conférence où nous montrons que nous allons dans les régions où la crise climatique cause déjà de graves ravages. J’aimerais encore une fois souligner l’avantage que cela présente : nous pouvons voir cela comme un grand défi, un « challenge », ou bien comme une opportunité.

En 2015 déjà, la communauté internationale, y compris les pays industrialisés, avait clairement signalé à Paris que si nous électrifiions l’Afrique grâce aux énergies renouvelables, alors nous contribuerions résolument à nos objectifs de développement. Depuis, en sept ans, nous n’avons pas assez avancé. Tel est le bilan amer et honnête que nous devons tirer. Mais une opportunité s’ouvre également à nous : il y a sept ans, nombre d’entre nous assistaient encore aux conférences sur le climat et devaient convaincre des personnes de l’existence du changement climatique. Désormais, nous sommes dans une situation – situation renforcée par la guerre russe – où nous sommes en compétition pour être chef de fil en matière de développement d’énergies renouvelables et d’hydrogène notamment. Nous devrions saisir cette opportunité pour opérer un rapprochement positif entre protection du climat, technologies propres, politique de sécurité et politique de développement.

C’est sur cette base que nous orientons notre présidence du G7, dans le cadre d’une approche conjointe et interministérielle, et nous nous réjouissons que les pays du G7 soient unanimes sur le fait qu’en vue de la prochaine conférence sur le climat, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Je pense qu’un signal vraiment important avait été envoyé lors de la dernière conférence sur le climat au Royaume-Uni. Nous avons en effet non seulement discuté ensemble des textes finaux mais aussi mis sur pied – nous en avions déjà parlé à Munich lors de la Conférence sur la sécurité – des programmes pour le climat pour lesquels nous sommes convenus que les pays les plus ambitieux allaient unir leurs efforts pour ne pas avoir à attendre les moins ambitieux en matière de réduction de méthane et de développement des énergies renouvelables.

Dans le cadre de notre présidence du G7, nous voulons justement continuer sur cette lancée et ainsi démontrer qu’investir dans la protection du climat, c’est investir dans la sécurité énergétique. Une grande opportunité s’offre ainsi à nous si nous débloquons maintenant des milliards pour des programmes de connectivité, une stratégie connue auparavant sous le nom de « build back better » aux États-Unis, « reconstruire en mieux », et que l’Union européenne et le Royaume-Uni ont mise en place et baptisée « Global Gateway ». Nous devrions penser ensemble ces investissements pour la durabilité et pour la protection de l’environnement et du climat. Mais nous devrions également y penser d’un point de vue géostratégique et réfléchir à deux fois aux pays et régions dans lesquels nous pouvons investir tous ensemble en tant que communauté de valeurs. Telle est la proposition que nous, ministres des Affaires étrangères du G7, avons avancée et que je souhaite énoncer ici : plutôt que de saupoudrer ses investissements, ces derniers devraient avoir une dimension géostratégique et tenir compte des enjeux liés à la protection du climat.

Le deuxième point que j’aimerais aborder est la conviction que nous partageons en tant que gouvernement fédéral allemand : concernant le sujet des « pertes et préjudices », nous devons cesser d’appuyer sur le frein. Lors des dernières conférences sur le climat – là aussi, il faut bien le dire –, on a toujours fini par dire qu’il y avait encore un peu de potentiel en la matière. Et les pays moins développés, qui sont les plus touchés, devaient véritablement implorer les autres de faire davantage.

Nous voyons que dans certaines régions de ce monde, il nous est non seulement devenu impossible d’arrêter la crise climatique, mais nous avons également extrêmement de mal à l’endiguer. Nous ne pouvons alors pas exiger des pays plus pauvres qu’ils se débrouillent seuls. Notre ambition en tant que gouvernement fédéral allemand – et ce à quoi nous appelons au sein du G7 – est de soutenir nettement plus, via le système des « pertes et préjudices », les pays les plus durement touchés par la crise climatique et qui en sont d’ailleurs les moins responsables, puisqu’eux-mêmes n’émettent toujours pas d’émissions de CO2. Il s’agit là aussi d’un enjeu géostratégique. Si nous abandonnons maintenant ces pays, alors ils se demanderont à juste titre pourquoi ils devraient nous soutenir dans la guerre contre la Russie.

Un troisième point important à nos yeux est le financement de la lutte contre le changement climatique et la promesse des 100 milliards de dollars US. C’est là aussi un enjeu financier qui concerne les pays émergents et en développement, et c’est également une promesse que nous avons formulée ensemble à Paris et à laquelle, là encore, nous n’avons pas donné entièrement suite. Notre ambition en tant que gouvernement fédéral allemand, en tant que G7, est de tenir enfin cette promesse. Je suis d’avis que le G7 a une responsabilité particulière à cet égard. En cette période où les démocraties luttent contre les régimes autoritaires, nous devons montrer clairement que nous honorons nos promesses, que nous honorons nos engagements internationaux parce que nous défendons nos valeurs à travers le monde. Il en va de choses très concrètes telles que des installations de récupération d’eau de pluie, l’irrigation par goutte-à-goutte ou la question de savoir comment il est encore possible de pratiquer l’agriculture par 45 degrés à l’ombre. En ces temps difficiles où le monde menace de s’effondrer, je pense que cela serait un signal de solidarité internationale vraiment important si, en vue du sommet du G7 à Elmau, nous parvenions à mettre en place à cet égard un projet de grande envergure.

Nous voulons également mettre en œuvre au niveau international l’objectif que nous nous sommes fixé en tant qu’« Équipe Allemagne » au sein du gouvernement fédéral et des différents ministères, à savoir être actifs dans tous les domaines. C’est pourquoi je me réjouis tout particulièrement que nos amis indonésiens, la ministre de l’Environnement Siti Nurbaya Bakar et le ministre de l’Énergie Arifin Tasrif, soient ici parmi nous aujourd’hui ! Votre ministre des Affaires étrangères a également participé à distance à notre réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 car il est évident que ce n’est qu’ensemble, en tant que G7 et G20, que nous pourrons relever les grands défis qui nous attendent. L’Indonésie sera l’un de nos partenaires essentiels de cette présidence du G7, mais également en ce qui concerne nos partenariats énergétiques et climatiques. Et pas seulement en termes de réduction de CO2, mais aussi et surtout en matière d’échanges scientifiques, de transfert de technologie et de financement.

Mesdames et Messieurs, chères et chers collègues,
Les prochaines semaines et les prochains mois seront marqués par des négociations difficiles. Mais ces négociations sont pour nous, les pays industrialisés qui, après tout, sont responsables du réchauffement climatique, l’occasion de montrer que nous en sommes capables, lors du sommet du G7 à Elmau, du G20 à Bali et lors de la conférence sur le climat mondial en Égypte :

Nous pouvons façonner ensemble l’avenir si nous assumons nos responsabilités. Nous pouvons contribuer à ce que des millions de personnes réalisent que la coopération internationale vaut la peine, parce qu’elle rend leur vie meilleure.

Et nous pouvons faire en sorte que nous ne discutions pas seulement de données techniques, de 0,1 degré ou de 2 pour cent, mais que nous montrions au lieu de cela très concrètement aux habitants du Sahel que nous sommes prêts à œuvrer pour que les technologies d’avenir – qui permettent d’accomplir tant de choses, comme calculer le taux de précipitations et produire de l’énergie propre – rendent à nouveau possible la culture de céréales et de coton dans la région. Cela constitue un défi énorme.

It’s a big challenge – but it is our only chance to save the planet.

Merci pour cet échange.

Retour en haut de page