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Concept d’inclusion des personnes LGBTI : « Tous les pays de l’UE doivent prendre position »

03.03.2021 - Interview

Le Conseil des ministres a adopté un concept pour inclure les personnes LGBTI dans le domaine de la politique étrangère. Michael Roth, ministre adjoint chargé des affaires européennes, dans une interview accordée au quotidien allemand Die Tageszeitung (taz) :

taz : Monsieur Roth, y a-t-il à l’heure actuelle des personnes LGBTI parmi les ambassadrices et ambassadeurs allemands ?

M. Roth : À ma connaissance, oui. Pourquoi en serait-il autrement ?

taz : Y aura-t-il prochainement un quota pour ces personnes ? Dans le concept d’inclusion des personnes LGBTI, il est écrit que notre engagement pour la diversité se reflète dans notre politique du personnel.

M. Roth : On observe heureusement depuis quelques années une diversification croissante de nos effectifs. Nombre de nos collègues ne cachent pas leur identité sexuelle. En même temps, c’est une décision personnelle qui revient à chaque individu. Nous sommes le seul ministère à disposer d’un groupe LGBTI, appelé « Rainbow », qui compte d’ailleurs plusieurs centaines de membres. J’en fais évidemment partie.

taz : Alors pourquoi avons-nous besoin d’un concept LGBTI pour la politique étrangère et de développement ?

M. Roth : Partout dans le monde, y compris en Europe, les personnes LGBTI comptent encore parmi les groupes les plus vulnérables et sont victimes de discrimination, de marginalisation et de violence. Dans plus de 70 pays à travers le monde, elles sont persécutées et punies par l’État. L’homosexualité est même passible de la peine de mort dans certains pays. Nous voulons que notre engagement soit moins tributaire de l’investissement personnel de nos collègues ; les droits des personnes LGBTI sont des droits de l’homme, peu importe le pays – ce constat doit devenir un principe de la politique internationale du gouvernement fédéral.

taz : Cela fait des années que les associations réclament un tel concept. Pourquoi n’a-t-il pas été décidé avant ?

M. Roth : Si cela ne dépendait que du ministère fédéral des Affaires étrangères, cela ferait longtemps qu’on en aurait un, mais il s’agit d’un concept élaboré par l’ensemble du gouvernement fédéral. Le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement a lui aussi contribué à son élaboration.

taz : Apparemment, celui-ci s’est montré réticent.

M. Roth : La coopération a été fructueuse, surtout au niveau des groupes de travail. Nous avons discuté de manière intense. Maintenant, le concept est prêt et je m’en réjouis.



taz : Le Conseil des ministres décidera du concept mercredi [3 mars]. Quelles mesures concrètes seront ensuite mises en œuvre dans un premier temps ?


M. Roth : Il s’agit tout d’abord d’un grand signe de reconnaissance pour mes collègues qui ont joué un rôle de précurseur en s’engageant mondialement en faveur des droits des personnes LGBTI malgré l’absence d’un tel concept. Désormais, nous voulons nous engager encore davantage. Ce qui nous importe, c’est que ce sujet fasse partie intégrante de la politique en matière de droits de l’homme. Nous devons renforcer notre coopération avec la société civile. Nous voulons mettre à disposition des espaces protégés pour les personnes LGBTI. Nous allons pérenniser notre soutien aux projets. Et nous voulons encourager nos collègues sur place à formuler, si besoin est, des déclarations claires pour répondre aux gouvernements. J’aimerais que nous prenions exemple sur les pays nordiques ou les Pays-Bas qui s’investissent fortement depuis des années en faveur des personnes LGBTI.

taz : Inversement, quels pays ont des difficultés à avancer sur ces questions ?

M. Roth : Au sein de l’Union européenne, nous avons malheureusement régressé ces dernières années. En Hongrie, les personnes intersexuées sont massivement attaquées dans leur dignité et leurs libertés, elles ne peuvent plus effectuer d’opérations de changement de sexe. En Pologne, il y a certes une société civile vivante et critique, mais aussi des « zones libres de toute idéologie LGBTI ». Ce sont des développements qui sont incompatibles avec nos valeurs européennes.

taz : Quelles mesures concrètes le gouvernement fédéral peut-il prendre ?

M. Roth : Aborder le sujet, forger des coalitions avec d’autres pays. Encourager la Commission européenne à remplir son rôle de gardienne des traités et de défenseuse des valeurs européennes. Durant la présidence allemande du Conseil, nous avons appuyé de manière engagée la nouvelle stratégie de la Commission pour l’égalité des personnes LGBTI. Ce sont des pas dans la bonne direction, mais tous les pays de l’UE doivent prendre position.

taz : Les instruments de l’Union européenne sont-ils suffisants ?

M. Roth : Les mères et pères fondateurs n’auraient probablement pas pu imaginer que nous aurions un jour autant de mal à défendre nos propres valeurs. Dans le cadre de la présidence du Conseil, nous avons créé de nouveaux instruments tels que le mécanisme de protection de l’État de droit. Ces instruments peuvent permettre d’engager les États à respecter et à reconnaître les minorités sexuelles comme faisant pleinement partie de la société. Mais au bout du compte, les lois à elles seules ne nous permettront pas d’en arriver là, justement parce que ce sujet fait polémique sur les plans culturel et religieux. Nous n’avancerons pas si les responsables politiques sont les seuls à aborder ces questions. Nous avons besoin d’une vaste alliance qui associe des acteurs des milieux religieux, éducatif, économique, culturel et sportif. Nous œuvrons également pour cela dans le cadre de notre concept.

taz : La situation dans des pays comme l’Arabie saoudite est encore plus grave. Quelle est votre réaction ?

M. Roth : Il s’agit-là des cas les plus difficiles. Il y a encore des pays où l’homosexualité est passible de la peine de mort. Dans ces cas-là, il convient d’agir avec prudence afin de protéger les personnes concernées. Après tout, c’est leur sécurité qui est en jeu. Je me souviens de mon unique voyage en Iran : lorsque j’ai demandé à notre ambassade de prendre contact avec des activistes LGBTI, on m’a répondu que je ne pouvais pas les rencontrer car cela les mettrait en danger.

taz : Votre concept ne concerne donc pas ces pays ?

M. Roth : Bien sûr que si. Nous ne capitulons pas devant une telle injustice. Mais il faut développer des concepts sur mesure. Il faut donc mettre régulièrement ce sujet sur le tapis lors de nos échanges avec les responsables politiques, parfois à huis clos, parfois publiquement.

taz : Dans le même temps, l’Allemagne exporte des armes vers des pays qui persécutent les personnes LGBTI.

M. Roth : La législation allemande en matière d’exportation d’armes est l’une des plus restrictives, et nous décidons toujours au cas par cas quels développements nationaux compromettent une exportation. Ce faisant, il est évident que nous ne fermons pas les yeux sur les violations des droits de l’homme dans certains pays. C’est pourquoi nous avons partiellement suspendu les exportations d’armes.

taz : Dans le concept, le gouvernement fédéral revendique de jouer un « rôle de pionnier » à l’échelon international. Mais chez nous aussi, les personnes LGBTI n’ont pas les mêmes droits que les autres citoyens. N’est-ce pas un peu trop facile de prendre les autres pays de haut ?

M. Roth : Je ne prends personne de haut. Lorsque je m’entretiens avec des activistes LGBTI, je mentionne toujours le chemin que j’ai parcouru, chemin qui n’a pas toujours été facile. Pendant des décennies, l’Allemagne a eu beaucoup de mal à avancer dans ce domaine. 

taz : C’est toujours le cas.

M. Roth : Ce n’est pas parce qu’il y a encore des chantiers à réaliser en Allemagne que nous ne devons pas renforcer notre engagement au niveau international. Pour toutes ces questions, il est toujours utile d’échanger avec d’autres pays. C’est un plaisir d’apprendre des autres. L’Allemagne n’est pas toujours cheffe de file du mouvement.

Propos recueillis par Patricia Hecht et Tobias Schulze.


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