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Discours du ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas lors du débat général de la soixante-quinzième session de l’Assemblée générale des Nations Unies

Drapeaux devant le bâtiment des Nations Unies à New York

Drapeaux devant le bâtiment des Nations Unies à New York, © picture alliance

30.09.2020 - Discours

En raison de la pandémie de COVID-19, le débat général des Nations unies se déroule cette année en format virtuel. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a prononcé son discours sous la forme d’un message vidéo.

« Les personnes immunisées ont survécu, les autres sont mortes. »

C’est en ces termes lapidaires qu’un historien allemand de la médecine décrivait il y a un siècle la fin de la grippe espagnole.

Sa formule est si percutante qu’elle nous remplit d’effroi face à la pandémie qui continue de sévir dans le monde qui nous entoure.

  • 30 millions de personnes ont déjà été contaminées par le coronavirus.
  • Près d’un million de personnes en sont mortes.
  • Et les conséquences à plus long terme – à savoir la faim, la pauvreté, l’exil et les conflits – ne commencent que maintenant à nous toucher.

Et pourtant, 2020 n’est pas 1920.

L’histoire ne se répète pas - à condition toutefois que nous l’en empêchons.

Nous avons le choix, Mesdames et Messieurs, et rien ne le démontre aussi clairement que les expériences que nous avons faites pendant la pandémie de Covid-19.

Elles montrent, d’une part, que le manque de transparence, la désinformation et les théories du complot peuvent tuer.

D’autre part, elles nous indiquent aussi la voie à suivre pour sortir de la crise :
la voie de la raison qui s’appuie sur des connaissances scientifiques.
La voie de la coopération qui repose sur des règles communes.

Des règles que nous devons tous respecter. C’est pourquoi je vous parle aujourd’hui depuis mon domicile où j’observe une quarantaine, ayant été en contact, il y a quelques jours, avec une personne testée positive.
Et j’espère que la technologie fonctionnera et qu’il sera néanmoins aisé de me comprendre.


Mesdames et Messieurs,
tant que le virus continuera de se propager, chacun d’entre nous peut être touché.
Ce n’est donc qu’en maîtrisant la pandémie partout dans le monde que nous pourrons la surmonter dura-blement.

Les personnes touchées doivent être au centre de tous nos efforts. Et la recherche de vaccins et de médica-ments ne doit pas être une course qui nous oppose, ni un concours de beauté.

C’est la raison pour laquelle l’Allemagne a déjà affecté cette année plus de 3 milliards d’euros à la gestion de la crise à l’échelle mondiale – en mettant l’accent tout particulièrement sur les Nations Unies, l’Organisation mondiale de la Santé, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Et, en tant que premier exportateur de produits pharmaceutiques, nous avons clairement exprimé notre engagement pour que tout éventuel vaccin ou médicament contre la Covid-19 soit distribué de manière équitable comme un bien public mondial.


Mesdames et Messieurs,
cette crise montre que la coopération internationale n’est pas une idéologie ni une fin en soi.
En effet, bien au contraire, elle donne des résultats.

Et ce bien au-delà de la pandémie proprement dite.

  • Comme par exemple en Ukraine où les négociations entre la Russie, l’Ukraine, la France et l’Allemagne ont permis d’aboutir au cessez-le-feu le plus long depuis le début du conflit.
    À l’heure actuelle, dans l’est du pays, des centaines de milliers de personnes ne sont plus confrontées à un risque de guerre permanent. Cela fait naître l’espoir d’un règlement réellement durable du conflit.
    Cet espoir servira de base à notre engagement intensif dans le cadre du format Normandie au cours des prochains mois, de même qu’à un niveau politique élevé.
  • En Libye également, nous misons sur la coopération avec les Nations Unies pour mettre pleinement en œuvre les décisions de la conférence de Berlin qui a eu lieu en janvier dernier.
    Le rapprochement entre le gouvernement de Tripoli et les forces dans l’est du pays qui est intervenu au cours des dernières semaines constitue un grand pas en avant. Mais une solution suppose également que les forces extérieures soient enfin prêtes à coopérer. Ces dernières doivent cesser d’envoyer des armes et des mercenaires, et donc d’alimenter ainsi le conflit.
    Il en sera question lorsque, début octobre, António Guterres et moi-même réunirons de nouveau les États qui appuient le processus de Berlin afin de les obliger à respecter leurs engagements.
  • L’évolution récente de la relation entre Israël et les États arabes du Golfe représente, elle aussi, une source d’espoir – ceci est également l’aboutissement d’une coopération courageuse.
    Au cours des dernières semaines, j’ai travaillé en étroite collaboration avec mes homologues jordanien, égyptien et français et nous sommes d’accord sur la nécessité, pour les parties, de mettre à profit cette nou-velle dynamique afin d’entamer de nouvelles négociations sérieuses sur une solution à deux États qui reste le seul garant d’une paix durable. Pour y parvenir, les deux parties doivent faire preuve de bonne volonté, renoncer à la violence mais aussi aux actions unilatérales telles que les annexions et l’établissement de colonies. En tant qu’Européens, nous accompagnerons ces efforts partout où nous le pourrons, aussi bien sur le plan politique qu’économique.

Mesdames et Messieurs,
en dépit de tous les progrès réalisés au cours des dernières semaines, nous sommes encore très loin d’un changement des mentalités à l’échelle mondiale. L’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial, adopté par le Conseil de sécurité en juillet sous la présidence allemande, reste lettre morte dans de nom-breuses régions.
Non seulement cet état de fait nuit à la crédibilité du Conseil de sécurité, mais il a surtout des conséquences désastreuses pour des millions de personnes sans aucune défense face à la pandémie qui se trouvent dans les zones de guerre et de crise.

  • Nous devons intensifier nos efforts dans la lutte contre la violence et le terrorisme au Sahel et sur-tout parvenir à une concertation encore plus étroite entre les États de la région, les organisations régionales et la communauté internationale.
    Tel est le but poursuivi par l’Alliance pour le Sahel, le Partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel et la Coalition pour le Sahel.
    Et nous soutenons les efforts de la Communauté économique des États de l’Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour aider le Mali à rétablir le plus rapidement possible l’ordre constitutionnel car c’est à la paix, à la stabilité et au développement qu’aspire la population locale.
  • De plus, Mesdames et Messieurs, de nouveaux efforts doivent être déployés à l’échelle internatio-nale pour enfin ramener la paix en Syrie.
    La mise en place d’un cessez-le-feu dans tout le pays et le lancement d’un vaste et véritable processus constitutionnel tel que prévu par la résolution 2254 sont les conditions préalables à toute discussion sur la reconstruction du pays.
    D’ici là, nous nous tenons résolument aux côtés de la population syrienne, notamment par le biais de l’aide humanitaire qui doit continuer d’être acheminée à travers les frontières.

Il existe une autre condition indispensable à l’instauration d’une paix durable, à savoir la justice.

C’est pourquoi nous continuerons de veiller à ce que les responsables des crimes les plus graves contre l’humanité, c’est-à-dire de meurtre, de torture et de viol, répondent de leurs actes devant les juridictions allemandes et nous soutiendrons activement les mécanismes des Nations Unies permettant d’enquêter sur ces crimes.

Mais il ne s’agit pas seulement de la Syrie. Quiconque ne distingue pas clairement entre auteurs de crimes et victimes, quiconque estompe la ligne de démarcation entre la justice et l’injustice, remet en cause les fondements mêmes de notre ordre fondé sur des règles. Cette personne met aussi en danger notre coexistence pacifique.

  • Ceux qui entravent le travail d’institutions telles que la Cour pénale internationale doivent en prendre conscience.
  • Il en va de même pour ceux qui paralysent le Conseil de sécurité en opposant un veto après l’autre et qui font obstacle à sa réforme urgente par des tactiques dilatoires sans cesse renouvelées.
  • Cela vaut, à plus forte raison, pour ceux qui violent le droit international alors même qu’en tant que membres permanents du Conseil de sécurité, ils portent la responsabilité particulière de garantir le respect du droit international.

Ce n’est pas la première fois que nous sommes confrontés à la violation d’un principe essentiel de la coopération internationale – en l’espèce, l’interdiction des armes chimiques.

Une violation de ce principe – dont nous avons pu, avec nos partenaires, démontrer l’existence en ce qui concerne l’empoisonnement d’Alexeï Navalny – constitue un problème pour l’ensemble de la communauté internationale.

J’appelle la Russie à déployer davantage d’efforts pour faire la lumière sur cette affaire. Une telle affaire ne saurait rester sans conséquences. C’est pourquoi l’Union européenne s’est réservé le droit d’imposer des sanctions.

Et nous sommes reconnaissants à nos partenaires internationaux de leur soutien clair à cet égard.
Cette même détermination et cette même volonté de coopérer doivent être les nôtres dans d’autres ques-tions existentielles pour l’humanité.

Et ici encore, nous avons le choix.

Nous pouvons continuer à regarder nos forêts partir en fumée – tout en niant le changement climatique causé par l’homme.

Ou nous pouvons écouter les scientifiques et traiter le changement climatique en tant que tel, c’est-à-dire comme la plus grande menace pour la sécurité, la prospérité et le développement de notre planète.

C’est également pour cette raison qu’au cours des derniers mois, nous avons fermement inscrit la question du climat et de la sécurité à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

Nous nous réjouissons que la Norvège, l’Irlande, le Kenya, le Mexique et d’autres pays poursuivront ce travail lorsqu’ils siègeront au Conseil de sécurité l’année prochaine.


Mesdames et Messieurs,
nous pouvons continuer à violer les traités sur le contrôle des armements – et réduire ainsi à néant la con-fiance construite pendant des décennies.

Ou nous pouvons remettre la question du désarmement et de la non-prolifération nucléaires à l’ordre du jour international – tout comme nous l’avons fait au cours des derniers mois, en vue notamment de la con-férence d’examen du Traité sur la non-prolifération.

L’engagement européen pour promouvoir l’accord sur le nucléaire avec l’Iran s’inscrit également dans ce contexte.

Oui, nous partageons l’inquiétude concernant la levée de l’embargo sur les armes, et ce tant que l’Iran con-tinuera de menacer Israël et de déstabiliser toute la région, du Liban au Yémen en passant par la Syrie.
Il convient cependant de noter que le démantèlement du Plan d’action global commun (JCPoA) ne nous rapproche nullement d’un embargo sur les armes. Au contraire : un démantèlement de l’accord JCPoA rap-proche l’Iran de la bombe atomique.

C’est la raison pour laquelle, en tant que partie à l’accord JCPoA, nous continuons à soutenir sa pleine application et appelons l’Iran à le respecter dans son intégralité.


Mesdames et Messieurs,
nous pouvons regarder les droits de l’homme être vidés de leur substance et foulés aux pieds alors même que nous nous sommes tous engagés à les défendre.

Ou nous pouvons être aux côtés de ceux qui sont opprimés, maltraités et persécutés – comme c’est par exemple le cas des manifestants pacifiques au Bélarus.

Nous n’avons cessé d’exhorter le président Loukachenko à entamer un dialogue national avec la médiation de l’OSCE. Il a toutefois rejeté toutes les propositions et continue de suivre la voie de la violence et de l’oppression.

Cela aussi doit avoir des conséquences si nous prenons nos valeurs et nos accords internationaux très au sérieux. Nous en débattons au sein de l’Union européenne.

Mesdames et Messieurs,
c’est précisément en temps de crise qu’il faut savoir prendre des décisions courageuses.

Il y a 75 ans, après les ravages de la Seconde Guerre mondiale provoqués par l’Allemagne, la communauté internationale a pris une décision :

  • s’opposer à la guerre et promouvoir la coopération internationale,
  • s’opposer au droit du plus fort et promouvoir la force du droit.

Les Nations Unies étaient nées.

Il y a 30 ans, après la chute du mur de Berlin et le démantèlement du rideau de fer, cette décision fut ren-forcée par la signature de la Charte de Paris. Il y est stipulé que l’ère de la confrontation et de la division en Europe est révolue. « Une nouvelle ère de démocratie, de paix et d’unité » a commencé.

Aujourd’hui, en cette période de pandémie, notre génération est face au choix suivant :

soit faire cavalier seul sans tenir compte d’autrui et balayer d’un revers de la main cet héritage multilatéral,

soit renouveler cet héritage et montrer que la bonne réponse à donner aux crises de notre époque est « da-vantage de solidarité », « davantage de coopération » et « davantage de justice ».

L’Allemagne est prête à y contribuer.

En collaboration avec vous, en tant que nations véritablement unies.

Merci de votre attention – et restez en bonne santé

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