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Discours du ministre fédéral des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier à l’occasion de la remise du Prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit  

02.12.2016 - Discours

01.12.2016

Cher Jean-Marc Ayrault,
Mesdames et Messieurs,
Chers lauréats,

Vous venez tout juste de prendre place dans la Weltsaal du ministère fédéral des Affaires étrangères. Permettez-moi pourtant de vous inviter à la quitter déjà pour me suivre dans deux lieux où Jean-Marc Ayrault et moi-même nous sommes rendus ensemble au cours des derniers mois.

Le premier est Niamey, la capitale du Niger. Jean-Marc et moi y avons rencontré en mai dernier des hommes et des femmes arrivés là après un parcours épuisant. Venus du Sénégal, de Gambie, du Nigeria ou du Mali, ils avaient pris la route de l’Europe dans l’espoir d’un avenir meilleur. Mais l’espoir s’est mué en cauchemar. Des passeurs leur ont pris le peu qu’ils possédaient. Beaucoup ont subi des traitements inhumains. Ils se sont retrouvés totalement démunis, ayant tout perdu bien avant d’avoir pu ne serait-ce qu’approcher de l’Europe.

Des destins tragiques et, pourtant, des destins partagés par d’innombrables êtres humains qui abandonnent tout et quittent leur pays dans l’espoir d’une vie meilleure. Beaucoup d’entre eux sont poussés à l’exil, pourchassés, exploités.

Le deuxième lieu que je souhaite évoquer se nomme Sloviansk. Il est situé dans l’est de l’Ukraine. En septembre, Jean-Marc et moi nous sommes retrouvés là, en pleine zone de conflit, face à un pont. Il avait été détruit par les combats. N’en restait qu’un fragment qui pointait vers le ciel, tel un symbole des ravages de la violence et de la destruction. Et peut-être, aussi, un symbole du quotidien douloureux des habitants de cette région qui vivent encore, depuis beaucoup trop longtemps, dans la peur et le dénuement.

Sloviansk, Niamey, deux villes différentes. Deux aperçus de ce que cela signifie lorsque des êtres humains sont sans protection dans ce monde, privés de leurs droits fondamentaux. Par la violence, la répression, les persécutions et la misère. On pourrait citer un nombre incalculable d’autres lieux : la Syrie, la Libye, le Yémen. Mais, au-delà des grandes crises que les médias nous rapportent en Europe, c’est chaque jour et sans cesse qu’il est porté atteinte aux droits humains.

Mesdames et Messieurs, chers lauréats, vous tous en êtes les témoins quotidiens. Mais vous ne détournez pas le regard. Vous regardez les choses en face ! Jour après jour, vous agissez pour protéger et faire progresser les droits de vos semblables. Votre engagement force l’admiration. Je tiens ici à vous témoigner mon profond respect et ma sincère gratitude.

***

Pour la France et l’Allemagne, cela va de soi, protéger et promouvoir les droits de l’homme est au cœur de nos efforts en matière de politique étrangère. Nous nous engageons en ce sens aux quatre coins du monde. C’est la boussole qui nous guide dans tous les champs de notre politique, qu’il s’agisse de la prévention des crises, de l’aspect essentiel de la stabilisation ou de la gestion des situations d’urgence. 

C’est vrai, réclamer le respect des droits humains est une chose, mais passer de la parole à des actes concrets, se mobiliser contre l’injustice, en est une autre et demande un réel courage. Ce courage, des hommes et des femmes engagés en font preuve chaque jour, partout dans le monde. Et même, souvent, précisément là où c’est difficile, voire dangereux pour eux, là où ils subissent eux-mêmes des entraves ou la répression de l’État.

Jean-Marc Ayrault et moi avons par conséquent décidé d’honorer l’admirable engagement de ces personnes à travers le monde en créant le Prix franco-allemand pour les droits de l’Homme et l’État de droit, que nous remettons aujourd’hui pour la première fois. Je suis très heureux, chers lauréats, que vous soyez parmi nous aujourd’hui. Vous êtes venus des quatre coins du monde. Tout aussi diverse que vos pays d’origine, votre implication va de la lutte pour les droits des femmes au Brésil ou en Inde à celle en faveur de l’État de droit en Asie du Sud-Est ou en Amérique centrale, en passant par l’action de ceux que l’on nomme les «  casques blancs syriens  », un groupe de volontaires qui portent secours aux victimes des frappes aériennes et aident à reconstruire les infrastructures détruites au cours de la guerre civile. Boulangers et professeurs deviennent pompiers ou secouristes et aident ensemble à sauver des vies. 

Votre travail concret nous sera expliqué plus en détail dans un instant. Mais en dépit de la variété de votre engagement, Mesdames et Messieurs, vous avez tous plusieurs points communs : du courage, de l’empathie et de la ténacité dans votre action au service des autres ! Vous nous encouragez à défendre les droits de nos semblables et à considérer que détourner le regard est inacceptable.

Votre travail montre en outre l’étendue des domaines concernés par la défense des droits humains et dans lesquels, nous aussi, devons déployer notre politique.

Ce sont nos missions diplomatiques dans le monde entier qui vous ont proposés pour être désignés collectivement lauréats en reconnaissance de votre action remarquable. Nous voulons continuer à procéder de la sorte à l’avenir.

Ainsi, ce prix est également pour moi une illustration de l’amitié franco-allemande, ce pont stable et solide que nous avons bâti au cours des dernières décennies sur les tranchées du passé. Nous regardons ensemble vers l’avenir. C’est pourquoi je suis particulièrement heureux de voir dans cette salle de nombreux jeunes de nos deux pays. Un grand merci aux musiciens de la jeune philharmonie franco-allemande que nous venons d’entendre ! L’amitié entre la France et l’Allemagne repose sur les fondements intangibles que sont nos valeurs communes : l’humanité, la solidarité et la démocratie.

Le Prix franco-allemand pour les droits de l’Homme et l’État de droit symbolise ces valeurs. Et vous, chers lauréats que nous honorons aujourd’hui, les incarnez. 

Je vous remercie et vous adresse toutes mes félicitations !

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